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Crypto : halal ou haram ? Les trois questions à se poser avant d'investir.

C'est la question qu'on nous pose à chaque appel, et la réponse honnête n'est pas un simple oui ou non. Plutôt qu'un verdict, voici la grille que Samuel applique avant chaque décision : l'actif, la méthode, et le cœur.

Mis à jour le 7 min de lecture Par Samuel Verdon

Pourquoi la réponse n'est pas un simple oui ou non

Les savants ne sont pas tous d'accord, et nous ne vous le cacherons pas. Dans les pays francophones, l'idée reçue veut que « la crypto, c'est haram ». Pourtant, une partie importante des savants contemporains considère le bitcoin comme un bien échangeable, susceptible d'être détenu et vendu de façon licite. D'autres restent réservés, notamment à cause de la volatilité et de l'usage qui en est fait.

Ce désaccord n'est pas un problème à contourner : c'est une information. Elle nous dit que la licéité ne tient pas à l'actif seul, mais à la manière de l'acquérir, de le détenir et de l'utiliser. Comme un couteau, le bitcoin peut servir à des choses très différentes. Il est tout à fait possible de faire du haram avec du bitcoin. Il est aussi possible de l'acheter et de le conserver d'une façon qui respecte chacun des interdits classiques.

C'est pour cela que nous n'enseignons pas « la crypto est halal », mais une façon précise de faire, examinée par un Shariah Board et éclairée par Mufti Billal Omarjee. Aucune fatwa individuelle n'est délivrée : vous apprenez les critères, et vous décidez en conscience.

Question 1 : l'actif que j'achète est-il licite ?

Avant de parler de prix, il faut savoir si ce que vous achetez est, en lui-même, acceptable. Trois filtres :

  • Le riba. L'actif ou le produit repose-t-il sur un intérêt ? Un jeton qui promet un rendement fixe pour avoir prêté vos fonds, une plateforme qui rémunère vos dépôts en les prêtant à des emprunteurs, un produit à effet de levier financé par un crédit : tout cela cache un intérêt. On écarte.
  • Le gharar. Comprenez-vous ce que vous achetez ? Un projet sans documentation sérieuse, sans équipe identifiable, sans utilité réelle, dont la feuille de route n'est pas tenue, est un projet flou. L'incertitude excessive est interdite, et elle est aussi, très concrètement, le meilleur indicateur d'une arnaque.
  • La propriété réelle. Achetez-vous l'actif, ou un contrat qui en suit le prix ? Sur beaucoup de plateformes de courtage, les « cryptos » sont des produits dérivés : vous ne possédez rien, vous pariez sur une variation. On n'achète qu'au comptant, un actif que l'on peut retirer vers son propre portefeuille.

Si l'un de ces trois filtres accroche, la question du prix ne se pose même pas.

Question 2 : est-ce que j'investis, ou est-ce que je parie ?

Deux personnes peuvent acheter exactement le même actif, le même jour, au même prix, et faire deux choses opposées. La première achète parce qu'elle pense devenir riche en six mois, regarde les graphiques toutes les heures, et appuie sur le bouton par peur de rater le train. C'est du maysir : de la spéculation pure, un pari sur le hasard. La seconde place une somme qu'elle peut se permettre de perdre, sur le long terme, dans le cadre d'une stratégie écrite, en comprenant ce qu'elle fait. C'est de l'investissement.

La différence entre les deux n'est pas dans l'actif. Elle est dans votre comportement et dans votre intention.
Samuel Verdon

C'est ici que la méthode compte autant que l'objet : un montant fixe, à date fixe, sans levier, avec une règle de sortie décidée à froid. Nous lui consacrons un guide : le DCA, acheter peu, souvent, sans levier.

Question 3 : suis-je esclave de mes émotions ?

Les débats sur le prix sont un excellent révélateur. Ces derniers mois, la communauté crypto se divise entre ceux qui voient un cycle classique de quatre ans, rythmé par le halving, et ceux qui parlent d'un « super cycle » porté par l'arrivée des institutions et la rareté programmée du bitcoin. Certains annoncent une dernière chute, d'autres affirment qu'un seuil ne sera plus jamais revu.

Ce sont des hypothèses d'analystes. Elles ne sont ni des certitudes ni des recommandations, et l'analyse technique se trompe souvent. Personne ne connaît l'avenir, ni eux, ni nous. Seul Allah le connaît, et c'est une chose à garder présente à l'esprit chaque fois qu'un graphique vous promet une réponse.

Ce débat pousse les gens à paniquer ou à devenir avides : deux maladies du cœur. Le musulman investit avec sérénité et mesure, sans avidité ni panique, sans que cela perturbe son sommeil. C'est le tawakkul appliqué aux finances. Si votre investissement vous rend anxieux, irritable ou obsédé par le cours, la question n'est plus « halal ou haram ? » mais « qu'est-ce que cet argent me fait ? ».

Ce que les deux camps ont en commun

Les partisans du cycle classique et ceux du super cycle sont d'accord sur une chose : personne ne peut « timer » le marché parfaitement. Celui qui prétend savoir où est le point haut ou le point bas a parfois de la chance, jamais une méthode. Et une statistique circule depuis longtemps sur les marchés financiers : les meilleures journées arrivent souvent juste après les pires, c'est-à-dire exactement au moment où la peur fait vendre.

Concrètement, ceux qui paniquent et vendent au mauvais moment se font détruire, et ceux qui spéculent en pensant être plus malins que le marché se brûlent les ailes. Le frère ou la sœur qui a compris cela applique ce que notre religion encourage de toute façon : la patience, la mesure et la régularité. Quel que soit le prix du bitcoin demain, si votre méthode est haram, vous avez déjà perdu. Si elle est licite et sage, vous êtes en paix dans les deux mondes, quoi qu'il arrive au cours.

En pratique : la liste à relire avant chaque achat

  1. Je comprends ce que j'achète, et je pourrais l'expliquer à quelqu'un en deux phrases.
  2. L'actif ne repose sur aucun intérêt, et je ne l'achète pas à crédit.
  3. Je l'achète au comptant, et je peux le retirer vers un portefeuille dont je tiens les clés.
  4. Je n'utilise aucun levier, aucun contrat à terme, aucune position à découvert.
  5. Le montant est celui prévu dans mon plan, ni plus parce que « ça monte », ni moins parce que « ça baisse ».
  6. Je pourrais perdre cette somme sans que ma vie ni celle de ma famille change.
  7. Je dors bien. Si ce n'est pas le cas, j'arrête et j'en parle.

Et les savants ?

Sur la chaîne, Samuel relaie régulièrement les avis de savants reconnus sur le bitcoin et les cryptoactifs, en les citant et en expliquant leur raisonnement. Dans nos programmes, Mufti Billal Omarjee, Shariah Advisor, apporte l'éclairage de la finance islamique sur les questions concrètes : ce qui pose problème, pourquoi, et quelles alternatives existent. Les produits que nous présentons ont été examinés par un Shariah Board. Ce que nous ne faisons jamais : trancher à votre place. Ce qui n'est pas clair n'est pas enseigné.

Portrait de Samuel Verdon

Samuel Verdon

Fondateur de BarakaChain, formateur certifié AMF

Alias L'Investisseur Musulman. Depuis plusieurs années, Samuel accompagne les musulmans francophones vers une seule chose : investir seuls, proprement, et dormir tranquilles. Plus de 300 personnes accompagnées, 17 000 abonnés sur YouTube.

Vous hésitez encore ? Parlons-en.

Trente minutes avec Samuel ou son équipe pour poser vos questions, y compris celles sur la licéité. Gratuit, sans engagement, et sans fatwa : juste une réponse claire.

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Avertissement. Contenu à visée exclusivement éducative. Aucune fatwa. Aucun conseil en investissement personnalisé. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. L'investissement en cryptoactifs comporte un risque de perte partielle ou totale du capital investi.